Pratiquante de roller sur les modules du skatepark de Gap réalisés par ESA Sports

Le bruit figure parmi les premières inquiétudes exprimées par les riverains quand une commune annonce une aire de glisse.

Sur un skatepark modulaire, une grande partie de la réponse se trouve sous la surface de roulement. Personne ne regarde à cet endroit une fois l’équipement livré.

Fabricant de modules à Roanne, nous vous expliquons ce qui produit le bruit, ce qui fait l’amorti, et ce que vous pouvez vérifier avant de choisir.

En bref

Le bruit d’un module métallique vient de deux sources. D’abord la vibration de la surface de roulement, amplifiée par le volume vide situé dessous. Ensuite le claquement des éléments qui ont pris du jeu.

Quatre leviers permettent de le limiter : une surface de roulement épaisse, un empilement amortissant juste dessous, un assemblage qui ne prend pas de jeu, et une implantation réfléchie dès la conception.

Sur nos réalisations équipées de notre système breveté, les pratiquants nous décrivent tous la même impression. Sur le plan acoustique, ils ont le sentiment de rouler sur du béton. C’est le cas à Gap comme à Saint-Bonnet-en-Champsaur.

i 3 Sommaire

Surface de roulement et jonctions d’un module de skatepark en aluminium

D’où vient le bruit d’un skatepark modulaire ?

Deux phénomènes produisent l’essentiel du bruit. Ils ne se traitent pas de la même façon.

Le premier est la vibration de la surface de roulement. À chaque impact, le métal se met à vibrer. Si un volume creux se trouve juste dessous, il se comporte comme une caisse de résonance et amplifie le son. Le principe est celui d’un tambour.

Le second est le claquement des éléments qui ont pris du jeu. Une jonction entre deux modules, un raccord au sol, une fixation desserrée : chacun de ces points produit un choc sec à chaque passage. Ce bruit n’existe pas à la livraison, puisqu’il apparaît avec le temps.

Quelle discipline fait le plus de bruit ?

Le skateboard arrive en tête.

La planche elle-même claque contre la surface. Ce claquement domine largement le bruit produit par les roues. C’est donc cette discipline qui dimensionne le sujet acoustique d’une aire de glisse.

La trottinette et le roller suivent, à un niveau proche l’un de l’autre.

En trottinette, les éléments métalliques du plateau viennent frapper les copings. En roller freestyle, les réceptions sont très sèches, car le pratiquant retombe sans aucun amortisseur mécanique.

Le BMX est le plus discret, ce qui surprend souvent.

Ses pneus absorbent une partie des chocs. Les roues dures des autres disciplines, elles, transmettent davantage d’énergie à la structure. Ses pegs font en revanche autant de bruit que les plateaux de trottinette lorsqu’ils accrochent un coping.

Rider en trottinette en action sur le skatepark international de Gap lors du FASU 2026

Comment réduire le bruit d’une aire de modules ?

Quatre leviers agissent ensemble.

L’épaisseur de la surface de roulement.

Une surface épaisse vibre moins sous un même impact. Elle se déforme aussi moins avec les années. Sur le skatepark de Gap, le passage de 3 à 6 millimètres a été retenu précisément pour limiter ce gondolement. Nous travaillons aujourd’hui des surfaces de roulement en aluminium de 5 à 6 millimètres.

Ce qui se trouve immédiatement dessous.

Un matériau amortissant plaqué contre la surface absorbe une partie de l’énergie de chaque impact. Elle ne se propage donc plus dans toute la structure. Surtout, ce matériau supprime le volume vide qui transformait le module en caisse de résonance.

L’assemblage.

La précision de fabrication, le mode d’assemblage et le type de fixation décident de la capacité de l’ensemble à rester serré dans la durée.

L’implantation.

C’est le levier qui se décide le plus tôt, et celui qui ne coûte rien lorsque vous le traitez à temps.

Où implanter un skatepark par rapport aux habitations ?

L’acoustique obéit ici à des règles simples. Vous pouvez les appliquer dès l’esquisse.

La distance fait baisser le bruit très vite.

Le niveau sonore diminue d’environ 6 décibels à chaque doublement de distance. Une source perçue à 64 décibels à 2 mètres tombe ainsi à 58 décibels à 4 mètres, puis à 52 décibels à 8 mètres.

Les surfaces dures renvoient le son et l’additionnent.

Un équipement installé contre un mur expose le voisinage à 3 décibels supplémentaires. Placé dans un angle, il en ajoute 6. Installé dans une cour intérieure, il en ajoute 9. Un même module peut donc être calme ou gênant selon son emplacement.

Les talus fonctionnent, les haies non.

Un merlon de terre, un mur plein ou un bâtiment font écran et limitent la propagation. Les haies, les arbres et les murs en lattes ajourées n’apportent qu’une atténuation faible ou nulle. Cette idée reçue est tenace, et elle coûte cher lorsqu’elle sert d’argument en réunion publique.

Skatepark de Saint-Bonnet-en-Champsaur implanté devant un talus

Aucune distance minimale n’est imposée en France.

Interrogé au Sénat sur les nuisances sonores des skateparks, le ministère a renvoyé au guide du Conseil national du bruit. Ce guide recommande d’éloigner ces équipements des zones habitées, la distance devant être appréciée au cas par cas. C’est donc la configuration du site qui tranche, bien plus qu’un chiffre unique.

Nous nous en tenons à ces repères. Sur un équipement qui n’existe pas encore, une mesure acoustique n’a pas de source réelle à enregistrer. Le bon sens d’implantation et la comparaison avec des sites existants nous paraissent donc plus utiles.

Qu’est-ce qui fait l’amorti d’un module ?

L’amorti dépend de ce qui se trouve sous la surface, mais aussi de la géométrie de l’équipement.

La souplesse du support adoucit le choc au moment où le pratiquant retombe. C’est l’un des trois objectifs pour lesquels nous avons développé notre système breveté.

La longueur des zones de réception compte tout autant. À Gap, le grand tremplin mesure six mètres. Les pratiquants peuvent ainsi prendre de la hauteur sans subir de réception brutale.

Les bords d’attaque décident du confort à chaque passage. Il s’agit de la façon dont une rampe rejoint le sol. À Gap, ils ont été étudiés pour présenter seulement 4 à 5 degrés en bas de rampe, ce que les concepteurs décrivent comme très fluide.

Pourquoi la sous-structure détermine-t-elle la durée de vie ?

Pendant longtemps, beaucoup de modules reposaient sur des panneaux de bois. Exposé à l’humidité, ce bois finit par pourrir. Comme il reste enfermé sous la surface, sa dégradation échappe au regard.

Un support imputrescible supprime ce risque. C’est le choix retenu sur les équipements récents. Leurs surfaces de roulement restent intactes plusieurs années.

L’ossature suit la même logique, et le matériau y dépend de la fonction de la pièce. Nous utilisons l’acier revêtu Magnélis®, un revêtement anticorrosion développé par ArcelorMittal, sur les petits modules de notre gamme standard.

Les structures sur mesure ou de grande dimension demandent une résistance spécifique. Nous les réalisons alors en acier mécano-soudé galvanisé à chaud, comme à Gap et à Saint-Bonnet-en-Champsaur.

Mur de l’atelier ESA Sports à Roanne, plans techniques d’un module de skatepark

Ce que la fabrication change sur le résultat sonore

Un module se juge souvent sur ses matériaux. La façon dont nous le fabriquons pèse pourtant tout autant sur son comportement dans la durée.

Chacun de nos produits est entièrement modélisé en 3D. Pour chaque commande, nous créons un fichier contenant toutes les pièces. Les tôles sont ensuite découpées puis pliées sur des machines à commande numérique.

Cette précision permet un montage où chaque pièce s’adapte exactement à la suivante, comme un jeu de construction à grande échelle.

Le contrôle suit la même logique. Chaque technicien reste responsable de son opération et du contrôle de sa pièce, de la découpe à l’emballage.

Cette rigueur a une conséquence concrète pour votre commune. Chaque tôle porte une référence, avec sa forme, son épaisseur et son traitement. Les plans restent affichés dans l’atelier pendant toute la fabrication. Une pièce marquée par l’usage se retrouve donc dans la nomenclature, et nous la refabriquons à l’identique des années après la pose.

Le cœur du dispositif reste notre sous-couche amortissante brevetée, l’un des quatre brevets déposés par notre atelier.

Elle forme un système à trois couches : une surface de roulement en aluminium, un matériau amortissant et l’acier Magnélis®. L’aluminium reçoit un sablage qui lui donne un aspect satiné et l’adhérence nécessaire aux pratiquants.

Les trois éléments sont solidaires et forment un caisson acoustique, là où un module classique laisse un volume vide.

Le matériau amortissant est issu du recyclage, dans la continuité des lames en plastique recyclé que nous utilisons sur nos terrains multisports.

Que dit la réglementation sur le bruit d’un skatepark ?

Les modules de skatepark relèvent de la norme NF EN 14974, qui fixe les exigences de sécurité des installations pour sports de roulettes. Elle ne comporte aucune exigence acoustique. Le bruit d’une aire de glisse relève donc de la réglementation générale sur les bruits de voisinage, dans le Code de la santé publique.

Le critère retenu est l’émergence, c’est-à-dire l’écart entre le niveau sonore mesuré avec et sans l’activité. L’écart maximal autorisé atteint 5 décibels pondérés A le jour et 3 décibels la nuit. Les mesures se réalisent en limite de propriété.

Le maire dispose par ailleurs d’un pouvoir de police. Il peut prendre un arrêté municipal encadrant l’usage de l’équipement, notamment ses horaires d’ouverture.

Retenez surtout que ce cadre fixe un résultat à ne pas dépasser, et non une performance technique à exiger des modules. C’est donc dans le cahier des charges de votre consultation que se joue le niveau sonore de votre futur équipement.

Deux réalisations : Gap et Saint-Bonnet-en-Champsaur

Le complexe de glisse de Gap (Hautes-Alpes) a ouvert du 11 au 14 juillet 2026, lors du Festival des arts et des sports urbains. Il couvre 2 000 mètres carrés.

Dès son inauguration, il a accueilli les finales des championnats de France de roller et de trottinette, ainsi qu’une compétition internationale. Evolving Skatepark a assuré la maîtrise d’œuvre, et Roman Abrate et Mathias Wecxsteen du Club Crash de Gap ont conçu l’espace freestyle.

Nous avons fabriqué et installé les modules de la partie freestyle.

Le skatepark de Saint-Bonnet-en-Champsaur, dans le même département, reçoit également nos modules. Notre sous-couche amortissante brevetée équipe les deux sites.

Sur ces deux équipements, les pratiquants nous rapportent la même impression. Sur le plan acoustique, la sensation est celle du béton. C’est exactement le résultat que nous recherchions en développant notre système à trois couches.

Pratiquants sur les modules du skatepark de Gap réalisés par ESA Sports
Modules de skatepark ESA Sports à Saint-Bonnet-en-Champsaur

Les questions à poser à votre fabricant

Vous pouvez adresser ces questions à n’importe quel fabricant, et les reprendre dans une consultation.

  • Quelle est l’épaisseur de la surface de roulement, module par module ?
  • Quel matériau se trouve immédiatement sous cette surface, et craint-il l’humidité ?
  • Comment les modules s’assemblent-ils entre eux et se raccordent-ils au sol ?
  • Comment l’ossature est-elle protégée contre la corrosion, et sur quelle garantie ?
  • Quelles réalisations comparables pouvons-nous visiter, et de quelle année ?
  • Quelles pièces restent remplaçables en cas d’usure ?

Questions fréquentes

Un projet de skatepark dans votre commune ?

Envoyez-nous une photo de l’emplacement envisagé. Nous réalisons une intégration pour vous aider à vous projeter, et nous répondons à vos questions techniques avant même le chiffrage du projet.

Sources

  • Fiche conseil en acoustique réalisée pour ESA Sports par dB stratégie, bureau d’études indépendant spécialisé en acoustique, septembre 2023.
  • Code de la santé publique, dispositions relatives à la lutte contre les bruits de voisinage.
  • Norme NF EN 14974, installations pour utilisateurs d’équipements de sports de roulettes, exigences de sécurité et méthodes d’essai.
  • Réponse ministérielle à la question écrite n° 14195 au Sénat, Nuisances sonores des skateparks, renvoyant au guide du Conseil national du bruit de décembre 2011.
  • Roman Abrate présente le nouveau skatepark de Gap, Le Dauphiné Libéré, 10 juin 2026.
  • Inauguration du nouveau skatepark : « Je n’avais jamais ressenti des sensations comme celles-là », Le Dauphiné Libéré, 12 juillet 2026

Publié par ESA Sports. Expertise technique : Loïc Gabert, dirigeant. Entreprise familiale installée à Roanne (Loire), ESA Sports conçoit et fabrique en France des skateparks modulaires, des pumptracks et des terrains multisports, avec plus de 1 000 installations en France grâce à son réseau de partenaires.
Photos : Studio Odette.